REQUINS = $

Les requins font recette

Les requins ont une valeur économique pour toute la filière pêche, depuis le pêcheur jusqu’à votre poissonnier de quartier. Cependant, cette valeur tend à diminuer du fait de la diminution globale des captures de requins. En revanche, l’écotourisme sur les requins est devenu une activité économique profitable et durable, générant des recettes qui se chiffrent en millions de dollars, et créant des milliers d’emplois directs ou induits. Les requins ont aussi une valeur patrimoniale pour certaines ethnies : pour les peuples océaniens du Pacifique, ce sont des demi-dieux, des membres de la famille, des créatures totémiques que l’on peut toutefois consommer, mais en respectant certaines règles pour les capturer.

Revenus annuels par pays et par espèce

Des études économiques analogues ont été faites sur d’autres sites, et différentes espèces : les requins requiem des Maldives et des Bahamas, le requin-baleine en Australie, au Bélize et aux Seychelles, le grand requin blanc en Afrique du Sud, etc. La toute première étude date de 1993 et concerne les Maldives : le revenu annuel était estimé à 2,3 millions de $, il avait triplé en 2006 (en 12 ans). La même évolution est observé pour le grand requin blanc en Afrique du Sud : le revenu annuel est passé de 1,6 millions d $ en 1997 à 4,4 en 2003. Le record est détenu par les Bahamas avec un étonnant revenu annuel de 78 millions de $ ; ce chiffre élevé est dû au prix exorbitants pratiqués par les opérateurs américains qui ont une clientèle à fort pouvoir d’achat.

 

Certaines espèces « rapportent » plus que d’autres. Le plus « économique » est le requin gris avec un revenu individuel de 3300 $ (aux Maldives). Le requin-baleine peut « rapporter gros » avec une valeur individuel pouvant atteindre 235 000 $ (au Bélize). En comparaison, un éléphant ou un lion des parcs animaliers du Kenya rapportent respectivement 14 000 $ et 27 000 $ par an. Même si ces chiffres sont des estimations qui doivent être précisées, ils démontrent nettement qu’un animal, et notamment un requin, rapporte plus vivant que mort ! Globalement les revenus de la pêche sont encore supérieurs à ceux de l’ écotourisme, mais l’activité a un taux de croissance très élevé de 50% sur 20 ans.

Tendances – Avenir de l’écotourisme

Les espèces écotouristiques de requins tendent à devenir des espèces « patrimoniales » ! Par exemple, le requin du Groenland, le Skalugsuka, a une valeur patrimoniale pour les Inuits. C’est le seul requin dont la chair soit naturellement toxique ; pour la consommer il faut la faire macérer. Ses dents sont utilisées pour faire des racloirs pour nettoyer la peau des phoques et des couteaux spéciaux, appelés tseki ou ulu, pour couper les cheveux des femmes. Une espèce patrimoniale est donc une espèce à laquelle l’homme attribue subjectivement une valeur parce qu’elle lui est   importante soit sur le plan écologique, soit sur le plan culturel. En « adoptant » certaines espèces de requins, les plongeurs les transforment petit à petit en espèces patrimoniales.

Alors, pour conserver les requins, il faut nager avec eux ! Mais ces « rencontres du troisième type » ont leurs détracteurs ! Il est légitime de se poser la question de savoir si le nourrissage répété et prolongé pourrait conditionner les requins à associer nourriture et présence humaine. De même, est-ce qu’à terme, cette activité pourrait rendre les requins agressifs envers les humains et par conséquent augmenter le nombre d’accidents (e.g. morsures) sur les sites de nourrissage quand aucune nourriture n’est apportée. Enfin, le nourrissage régulier sur des sites écotouristiques pourrait-il augmenter le risque d’attaques dans les zones avoisinantes ?

Les études montrent que les requins sont capables d’associer un lieu avec la possibilité de trouver de la nourriture, et sur certains sites, on peut observer une augmentation du nombre de requins. En revanche, il n’y a pas de preuve scientifique que les requins associent homme et nourriture. Toutefois, sur un site visité par des requins, tout organisme vivant présent sur ce site pourrait être « regardé » comme une proie potentielle ! La différence entre « associer » et « regarder » peu paraître subtile, mais elle est réelle – ce n’est pas seulement une question de sémantique !

Les études sur le comportement montrent que les grands requins migrateurs (e.g. grand blanc, tigre) qui fréquentent les sites de nourrissage, les quittent à un moment de leur cycle vital. Ils ne restent pas inféodés à un site, mais ils reprennent régulièrement leurs mouvements migratoires : leur instinct naturel est plus fort que l’attrait de « friandises » faciles !

 

Les commentaires sont fermés.